Maxime, maraudeur Antigel : “Auprès des sans-abri, les bénévoles sont les ambassadeurs de la société qui les a rejetés”

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Maxime sourit beaucoup. Presque tout le temps en fait. Ce jeune homme d’une vingtaine d’années nous accueille chez lui dans le XVème, en sortant du boulot. Pendant qu’on parle, il met de l’eau à bouillir et prépare les pâtes. “Il faut bien manger avant de partir marauder toute la soirée !”. Il part en tournée à la rencontre des personnes de la rue depuis presque deux ans. D’abord avec une conférence Saint-Vincent de Paul à Toulouse où il était en école d’ingénieur. Aujourd’hui à Paris, il maraude avec “Antigel” dans le XVème arrondissement, association reconnue notamment pour sa bagagerie destinée aux sans-abri qui peuvent venir y stocker leurs affaires. Rencontre avec un homme à l’optimisme contagieux.

 

As-tu toujours été sensible au sort des plus démunis ?

L’idée d’aider les exclus, c’est quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps : j’avais envie de m’investir pour les personnes de la rue, mais il fallait passer le cap. C’était un tiraillement. Mais je sentais que c’était une vocation.

Je me suis dit que si moi j’avais des difficultés à y aller, que je pouvais avoir certaines peurs, alors il devait certainement y avoir d’autres personnes dans la même situation que moi.

J’ai maraudé pour la première fois avec une conférence de la Société Saint-Vincent de Paul à Toulouse, où je faisais mes études. Depuis que je suis à Paris, je maraude dans le XVème arrondissement avec l’association Antigel, qui est aussi connue pour proposer un service de bagagerie.

Comment établis-tu la relation quand tu rencontres une personne sans-abri ?

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Antigel réalise des maraudes sociales, avec distribution de café, de thé ou de soupe. Le but est de discuter, et leur proposer quelque chose à boire peut parfois être un premier pas pour établir la relation.

La plupart du temps, on croise des personnes qu’on connaît parce qu’on réalise le même parcours de maraude. La discussion est alors plus facile, on sait quel genre de sujets les intéressent… Souvent, je demande « Alors t’as écouté le match » ? ou sinon tout simplement des questions sur l’actualité. J’aime bien demander aux personnes sans-abri si elles ont déjà voyagé en France. Ils ont généralement beaucoup bougé et connaissent bien mieux la France que nous !

 

Un conseil de “maraudeur” à partager ?

Il faut toujours se mettre à la place de la personne qu’on rencontre.

Souvent on on meurt d’envie de poser certaines questions : “Tu es jeune, pourquoi n’as-tu pas un boulot ?”. Tu le connais depuis 2 minutes et t’as tout de suite envie de parler des sujets les plus sensibles : « Mais que fait ta famille ? Pourquoi ne t’aide t-elle pas ? »

Typiquement, tant qu’ils n’abordent pas le thème de la famille, de leur histoire personnelle et de leur passé, j’en parle pas non plus.

Souvent, ce qui revient dans leurs histoires, c’est la perte du travail ou une rupture de couple. Ils cumulent souvent le souci d’avoir eu une rupture professionnelle et une rupture avec leur famille. Quand les personnes de la rue refusent la discussion et nous répondent qu’ils n’ont “besoin de rien”, il faut discerner ce que recouvre cette réponse. Il peut y avoir deux types de personnes derrière ces propos :

  • C’est un mauvais soir, il n’a pas envie de parler
  • Il n’a pas envie de se sentir redevable, mais au fond a envie de parler.


As-tu noué des relations d’amitié avec certaines personnes sans-abri ?

C’est une amitié différente de celle qu’on peut connaître avec ses amis, mais c’est une forme d’amitié tout de même : on connaît la personne, on sait ce qu’il aime bien, on se retrouve toutes les semaines comme si on avait rendez-vous…

Et il y en a qui s’intéressent vraiment à toi en retour. Il faut qu’il y ait un échange dans les deux sens pour que le lien soit un vrai lien. Quand la personne dans la rue te relance en demandant “et toi ça va ?”, il ne faut pas esquiver ! On montre qu’on lui fait confiance en parlant de soi. Il y a une personne que je connais bien et qui me demandait les cadeaux que j’avais reçus à Noël. Je n’ai pas eu peur de lui dire, même si je savais qu’il n’avait pas du en recevoir.

Un jour, dans le métro, j’avais discuté avec quelqu’un qui faisait la manche et retenu son prénom. Trois semaines plus tard, j’étais allé le voir en lui disant “Bon courage David”. Il m’avait alors répondu “ça fait dix fois plus plaisir qu’une pièce !”

Le prénom est quelque chose de très important à retenir. C’est très valorisant pour la personne dans la rue qui retrouve alors sa dignité. Combien de fois ça a débloqué une discussion !


De quoi les personnes sans-abri ont-elles le plus besoin ?

De discuter ! Il faut privilégier la discussion ! C’est ce qui permet de construire une relation ensuite, et c’est ce qui leur fait reprendre confiance en la société.

Quand on est bénévole, on est parfois le seul représentant de la société qui les a rejetés et qui leur parle. C’est parfois le seul lien qu’ils ont avec le monde. On est un peu des ambassadeurs : à travers nous, le lien se reconstruit.

C’est difficile d’aller à la rencontre des sans-abri avec de vraies bonnes intentions : sans penser à faire sa Bonne Action de la journée, à rencontrer d’autres bénévoles, à se tracer un chemin pour le paradis…


Utilises-tu Entourage pour tes maraudes ?

Entourage, pour moi, c’est un outil qui m’aide pour la rédaction des comptes-rendus. Typiquement, lorsqu’il fait un froid polaire, je suis bien content d’utiliser la dictée vocale et d’avoir un compte-rendu automatiquement envoyé. L’intégration du guide de solidarité dans l’application, est aussi très pratique car facile d’utilisation.”.

J’aimerais bien tester la synchronisation. Il y a un gros maillage associatif à Paris et peut-être qu’on pourrait ainsi encore mieux se coordonner. J’ai hâte que beaucoup d’autres associations du 15ème s’inscrivent sur l’appli !

 

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