Canicule : comment aider les personnes SDF en cas de grandes chaleurs ?

Charles Aznavour avait tort : la misère n’est pas moins pénible au soleil.

L’image du SDF qui meurt de froid est bien ancrée dans l’imaginaire populaire, et souvent entretenue par les médias. On peut avoir l’impression qu’à l’inverse, l’été, les sans-abris n’ont plus de problèmes. Mais non, la misère n’est pas moins pénible au soleil… et nous les riverains, on peut agir pour soulager de la chaleur nos amis SDF, en particulier en cette période de canicule.

Cet article a été repris sur le site de LCI le 21 juin 2017 !

Canicule SDF chaleur étécopyright Russ Allison Loar

Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider?

Canicule- Comment aider les personnes SDF -▷Conseils pratiques


canicule2


canicule 3


La 1ère chose à faire : distribuer des bouteilles d’eau fraîche !

L’application Entourage recense également les fontaines d’eau potable dans la catégorie « se rafraîchir » dans le guide de solidarité numérisé. Ce guide est accessible via le bouton “+” en bas à droite sur l’app. Ainsi vous pouvez renseigner vos voisins dans le besoin.

Casquettes, lunettes de soleil… : permettre de se protéger de la chaleur 

Vous pouvez distribuer des casquettes, des chapeaux, des parapluies (en guise de parasols), des lunettes de soleil, des éventails ou encore de la crème solaire pour aider ces personnes à se protéger lors des fortes chaleurs. Renseignez-vous au sujet des organismes de maraudes près de vous ou créez une action sur l’application Entourage pour organiser ou rejoindre collecte et distribution !

francofolini51

Être une présence bienveillante et prendre des nouvelles

Même l’été, les personnes sans-abris ont besoin de lien social, malheureusement les villes sont souvent plus calmes : les riverains sont en vacances, et ceux qui restent en agglomération ne se rendent peut-être pas compte de la souffrance des personnes SDF en pleine chaleur.

Alors si vous n’êtes pas en vacances, prenez le temps de penser et d’aller à la rencontre de vos voisins de la rue qui n’ont pas la chance de partir au bord de la mer : prenez des nouvelles des personnes que vous croisez :

 Bonjour, tout va bien ? Avez-vous besoin de quelque chose en particulier ? Voulez-vous vous rafraîchir et boire un verre d’eau, dans un café au coin de la rue avec moi ?”  et encouragez les à s’hydrater, à se mouiller la peau, à se mettre au frais mais à ne pas se cacher, pour qu’on puisse facilement les aider en cas de besoin et conseillez à éviter les diurétiques (alcool, thé vert,..).

Conseillez ces personnes pour qu’elles se protègent au mieux. Vous pouvez par exemple suggérer à vos voisins démunis d’aller dans des parcs.

Comme le dit Pablo du comité de la rue d’Entourage, qui a vécu 13 ans dans la rue : « Avec mes amis SDF, on allait dans les parcs et on restait à l’ombre. Le plus important était d’être près d’un point d’eau ».

Se rendre disponible pour faire du bénévolat

Enfin vous pouvez vous porter bénévole auprès des associations qui restent ouvertes l’été pour compenser le manque d’acteurs associatifs et de dispositifs d’aide pendant cette période.

Par exemple :

ASA

L’association Août secours alimentaire s’est spécialisée dans ce problème mais de plus en plus d’associations étendent leurs service à l’été.

 

Secours_populaire_logo.svg.png

Le Secours populaire propose d’emmener des personnes de la rue à la mer pendant un week-end.

Un week-end à la mer pour les habitants de la rue from Fred on Vimeo.

Pour connaître les associations qui fonctionnent pendant l’été renseignez-vous auprès de vos mairies !

Comprendre la situation : la politique du thermomètre

La “politique du thermomètre” est le fait de diminuer les aides pour les sans-abri à la fin de l’hiver. Ainsi, le nombre de places d’hébergement est plus faible en été qu’en hiver, alors que les centres d’accueil sont saturés été comme hiver. Les dispositifs d’aide sont moins disponibles : les mairies, centres, accueils de jour… beaucoup ferment l’été ou ont des horaires réduits. Très concrètement, le guide de solidarité de la ville de Paris édite deux guides :

Cette politique découle de l’idée (erronée) que c’est le froid qui tue les sans-abri. En 2014 par exemple, on a compté 181 morts, durant les quatre mois les plus froids (janvier, février, novembre et décembre), contre 168 durant les quatre les plus chauds (mai, juin, juillet, août). L’hiver n’est pas nécessairement une saison plus meurtrière que l’été. En réalité, les facteurs climatiques ne sont pas les plus importants, et les pics de mortalité changent d’année en année, tantôt en été, tantôt en hiver.

33636445665_35b5e1e574_o.jpg

Les personnes sans domicile meurent aussi en été !

Contrairement aux idées reçues, les personnes sans domicile fixe n’attendent pas l’hiver pour mourir et seul 1% des décès hivernaux sont dûs à l’hypothermie. En effet, le froid fragilise mais grâce à la multiplication des efforts lors de la période hivernale c’est une cause mineure de décès.

L’été les personnes SDF souffrent d’hyperthermie, de déshydratation ou encore des chocs thermiques induits par les écarts de température entre le jour et la nuit. Elles sont tout autant fragilisées qu’en hiver pourtant les aides et l’engagement des citoyens diminuent.

fondation-abbe-pierre.jpg

photo de l’opération de sensibilisation de la fondation Abbé Pierre, une sculpture de glace exposée en plein soleil représente la souffrance des personnes sans-abri pendant les fortes chaleurs

Un mode de vie qui tue

Le froid n’est qu’un danger parmi tous ceux qu’affrontent au quotidien les personnes sans-abri. Les 2 principales causes de décès connues pour cette population sont:

  • La violence

Le Collectif des Morts de la Rue (CDMR) estime qu’entre 2008 et 2011, 20% des sans-abri sont morts de manière violente (agression, noyade, accidents de la circulation…).

  • Les maladies

Les autres causes de morts sont de l’ordre de la maladie. Ils se répartissent entre les tumeurs (de la trachée, des bronches et du poumon principalement), les maladies cardiovasculaires, les maladies de l’appareil digestif, les troubles mentaux et du comportement.

Capture d_écran 2017-05-31 à 11.56.43

Le vrai danger, c’est la rue, pas le froid.

Les personnes sans-abri sont sans-abri en toute saison. Ce n’est pas le froid qui tue le plus, c’est le simple fait d’être à la rue et le mode de vie que cela implique.

Être à la rue, c’est être dans une situation de survie, ça provoque beaucoup de stress. Cela peut entraîner la prise d’anxiolytiques: alcool, drogues, cigarettes.. On ajoute à cela une mauvaise nutrition, l’absence de soins, d’hygiène, l’usure du corps du fait de l’errance et le manque de sommeil: c’est un mode de vie nocif pour la santé.  C’est ce mode de vie qui conduit à la violence et aux maladies. C’est ce mode de vie qui tue… tout au long de l’année.

flickrfrancofolini


Si vous voulez aller plus loin : 

Le Figaro, PIQUET. Caroline, Le froid est loin d’être la première cause de mortalité chez les SDF, 03 janvier 2015

Collectif les Morts de la Rue, Rapport “Dénombrer et décrire”, août 2014

Collectif les Morts de la Rue, Rapport Mortalité des personnes sans-domicile 2015, décembre 2016

Observatoire National de la Pauvreté de l’exclusion sociale, La mortalité des personnes sans domicile en France entre 2008 et 2010, La lettre, septembre 2013

VICE, Que font les SDF parisiens l’été lorsque tout le monde les oublie, 8 août 2016

1 reply »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s