Tout le monde a des histoires à raconter. Certaines en valent plus la peine que d’autres. J’espère que la mienne vous intriguera, attisera votre curiosité jusqu’à, pourquoi pas, vous inciter à agir à votre tour. Je vais vous relater comment j’ai découvert Entourage, et les moments remarquables que j’ai vécus avec (et grâce à) cette association.

Petit déjà…

J’ai 22 ans, je suis étudiant. D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais vraiment compris le fait que des gens mendient et vivent dans la rue : les enfants ont souvent un regard émerveillé sur le monde. Quand ce regard est confronté à la réalité, il fait office de retour sur terre brutal, que les parents se plaisent à appeler « apprentissage de la vie ».

Ainsi, petit déjà, je restais coi en voyant des passants s’arrêter pour donner une pièce à ces « habitants de la rue », et encore plus interloqué s’ils passaient sans leur jeter un seul regard. Il m’arrivait d’interroger mes parents, le fait que la société ne parvienne pas à prendre en charge chacun de ses membres étant peu compréhensible pour le futur ingénieur que j’étais.

On les regarde sans les voir… ou on les ignore carrément

Depuis, j’ai grandi. Pourtant, encore aujourd’hui, on les croise, on les regarde sans les voir, on les salue timidement ou on les ignore carrément. On détourne souvent le regard, gêné ou indifférent. On s’est habitué à cette réalité déplaisante, à ce constat désabusé : « Que voulez-vous y faire ? »… J’avoue que je ne compte moi-même plus le nombre de fois où je suis passé à côté d’un mendiant sans lui prêter attention. Cela devient un réflexe « normal ».

Je me suis décidé à aller à leur rencontre

Cependant, quelque chose a changé progressivement en moi depuis que je suis arrivé à Paris en août. L’enfant curieux a resurgi, le sentiment de refus de la précarité d’autrui s’est montré plus pressant. Alors, que faire ? Peu à peu, je me suis décidé à aller à leur rencontre, à les considérer comme on considère un voisin sur le palier, à les saluer et leur parler de choses anodines.

Jean-Marie est l’une des premières personnes que j’ai rencontrée dans la rue, au croisement de la rue Saint-Honoré et de la rue du 29 Juillet. Cela faisait un moment que je l’avais remarqué : toujours poli malgré certaines remarques déplacées, il demandait une pièce pour « la fashion-week des clodos » ou « la fête nationale des clodos ». J’ai appris plus tard qu’il avait un studio et faisait la manche pour pouvoir payer son loyer. Il a depuis trouvé un travail de plongeur dans la restauration.

Jean-Marie Roughol, ami de Thibault, ex-personne SDF qui a écrit « Je tape la manche » publié chez Calmann-Lévy, un livre sur ses années de rue. © Thomas Samson AFP

On se saluait chaque midi. Un jour, à la mi-septembre je me suis décidé à dépasser ma timidité et ma gêne pour lui poser quelques questions. Nous avons discuté le plus naturellement du monde, Monsieur est écrivain ! Je lui promis d’acheter son livre sur sa vie dans la rue : dès la semaine suivante, nous en avons longuement discuté, et nous sommes devenus peu à peu copains. Chaque jour, nous échangions quelques banalités et il me donnait de la monnaie pour lui acheter un cheeseburger (sans cornichons !). Il semblait heureux de me voir, je l’étais sincèrement.

C’est lui qui m’a présenté Entourage. Le 11 octobre à midi, alors que nous discutions de tout et de rien, Jean-Marie m’a demandé de manière anodine : « Tu fais quelque chose ce soir ? ». Avec un sourire, il m’a déclaré qu’une association pouvant m’intéresser se réunissait le soir même… Il m’a ainsi expliqué les principes et l’application Entourage, et donné rendez-vous pour l’apéro. Le hasard a bien fait les choses : le soir même, je me suis retrouvé dans un café associatif avec l’équipe de cette formidable initiative, bénévoles permanents ou membres du « Comité de la rue ».

J’ai été frappé par leur absence de rancœur envers la société qui a parfois pu les mettre sur le côté.

J’ai ainsi rencontré des personnes touchantes. Je peux dire sobrement que cette soirée m’a bouleversé. En discutant avec plusieurs sans-abris (actuels ou anciens), j’ai été frappé par leur gentillesse, leur absence de rancœur envers la société qui a parfois pu les mettre sur le côté. Inutile pour moi de vous décrire la teneur de nos discussions. Ce qu’il faut le plus retenir, ce n’est au fond pas que Mickaël détienne un trousseau de clefs pour ouvrir toutes les bouches de métro ou que Gilbert ait développé d’incroyables talents de cuisinier. L’essentiel que j’en garde est un souvenir de chaleur humaine, qui fait un bien fou.

L’apéro Entourage du 11 octobre 2017, au café Associatif « Le Moulin à café » dans le 14ème arrondissement de Paris.

J’ai également eu la confirmation que le plus dur n’est souvent pas le froid ou la faim, mais la solitude. Et tout le monde peut remédier à cela. Chacun, à son échelle, peut apporter du réconfort, un mot sympa au type qui vit en bas de chez lui. Assimiler définitivement cela a été une étape importante pour moi, et c’est ce qui s’offre aux personnes discutant avec des membres du Comité de la rue. Le plus dur est de franchir le pas, mais une fois que votre doigt est pris dans l’engrenage, il n’y a rien à regretter. Vous en tirerez une grande leçon d’humanité et de vivre-ensemble.

Une bouffée d’optimisme inattendue

J’avoue que certaines discussions m’ont donné une bouffée d’optimisme inattendue qui s’est ressenti sur mon comportement les jours suivants. Mon colocataire a dû en être surpris… J’ai ressenti un nouveau dynamisme, qui affecte forcément mon environnement de travail : de nouvelles énergies entraînent de nouvelles idées, diront certains.

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L’équipe de l’agence de conseil Archery avec Thibault, lors de la course solidaire « Ekiden » le 5 novembre 2017

J’ai eu la chance par la suite de courir aux couleurs de l’association lors du marathon en relais Ekiden du 5 novembre. Ce fut une fierté d’être encouragé par tout ce monde en sachant le projet que je représentais, ce logo solidement floqué sur ma poitrine, et un plaisir d’avoir couru avec Kenny, jeune et attachant membre du Comité de la rue.

Grâce à mon père, j’ai également pu mettre en contact Entourage avec L’Oréal, car je suis persuadé de plusieurs choses. L’association mérite d’être connue du monde des entreprises, ces relations seront bénéfiques pour les deux camps et vos collaborateurs seront changés par cette rencontre, humainement et professionnellement. Chacun le vit probablement d’une manière différente, mais cela s’est traduit par de l’apaisement chez moi, et une envie accrue d’apporter ma pierre à l’édifice.

Quoiqu’il en soit, difficile de rester indifférent au contact d’Entourage : voilà une association qui permet d’en apprendre beaucoup sur nous-même, et de rencontrer des personnes extraordinaires !

Pour aller plus loin : www.entourage.social

 

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15 décembre 2017

Comments

Très beau témoignage de ton expérience que je partage car j’ai le même ressenti sur ce que tu décris depuis toute petite.
J’ai toujours aidé autrui avec mes moyens en leur apportant une aide alimentaire mais surtout une écoute.
La faim et la soif ne tue pas dans la rue mais c’est l’indifférence.
Je continue et continuerai avec mes enfants

Beau témoignage. J aimerais vivre une aussi belle expérience…..mon investisement est en projet mais j aurais besoin d aide ..si cela intéresse quelqu un ….Luciana.

on est tous des coeurdonniers comme le chante Soprano!

il faut juste oser le premier pas..♥

BRAVO pour votre application Entourage ,pour fédérer un monde plus beau…

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