“Dis-leur que dans ma tente j’ai du wifi”

Mickaël à Jean-Marc*.


« Le numérique peut-il sortir les gens de la rue ? » :  c’est sur ce thème des pratiques numériques des personnes SDF que s’est tenue la table ronde organisée par Entourage le 13 mars 2018.

Cette soirée s’est tenue au Liberté Living Lab, dans le cadre de la Social Good Week, qui met en avant les initiatives qui allient le web et la solidarité. 

Voici 5 idées phares que l’on retient de la table-ronde.

1. Les personnes SDF sont équipées et leurs pratiques sont communes !

Ils ont pour la plupart des téléphones portables (dont des smartphones) voire des tablettes et des ordis. Ces équipements sont de plus en plus accessibles même si leur financement peut rester un frein. La conservation de ces équipements est cependant difficile. Ils font l’objet de dégradation, de vol, de perte, de trafic. Il manque encore aujourd’hui des forfaits Internet accessibles et adaptés à leurs usages sur smartphone.   

2. Les personnes SDF sont sur les réseaux sociaux et… c’est à double tranchant

Les réseaux sociaux offrent un nouveau lieu d’expression de soi et de sociabilité aux personnes SDF : former une communauté avec les autres personnes SDF ou faire de nouvelles rencontres ; renouer avec leur famille et leurs amis sans être à l’épreuve du contact direct ; parler en images plutôt qu’en mots ou en paroles par leurs posts ; retrouver une quotidienneté relationnelle ; etc. Cependant, les réseaux sociaux peuvent leur renvoyer les images de la vie des autres qu’ils n’arrivent pas à vivre. Et si leur expression de soi numérique ne provoque pas de réaction parmi leurs friends ou followers, la déception peut en être d’autant plus lourde.

3. Les personnes SDF sont un des moteurs de la transformation numérique des associations

Par leurs pratiques et par leurs besoins, les personnes SDF font bouger de l’intérieur les associations dans leur transformation numérique. Les personnes migrantes notamment les poussent à se moderniser ! Pour booster davantage cette transformation, l’Etat pourrait augmenter son exigence de transformation numérique auprès des associations qui bénéficient de ses financements.

4. Les travailleurs sociaux gardent une prudence légitime à l’égard du numérique mais leurs usages évoluent

Les travailleurs sociaux protègent le coeur de leur mission qui est un métier de relation. L’écran va-t-il faire écran ? Pour autant, les mentalités, les métiers et les usages évoluent. Le numérique offre de nouveaux outils indéniables, au service des personnes qu’ils accompagnent : accès à la culture, coffre-fort numérique pour les papiers administratifs, etc.

5. Regarder la place du numérique dans la vie des personnes SDF met en lumière la place qu’il prend dans notre vie à tous

Laisser une trace de soi en postant ses pensées en images ou en paroles, constituer sa biographie en partageant son quotidien sur les réseaux, étirer le temps festif en regardant les photos de la soirée de la veille… Combler un vide en se nourrissant de vidéos, de replays, des photos des autres…. Méfiance à l’égard de l’utilisation de ses données par un tiers malveillant, peur des relations purement virtuelles, crainte de ne pas suivre le rythme de la dématérialisation des démarches administratives… Ces pratiques et questionnements engendrés par la transformation numérique concernent tout un chacun et font écho nos expériences personnelles.  


Entourage remercie chaleureusement…

… l’ensemble des intervenants de la table-ronde :

… et ses partenaires pour la soirée :

 

*Jean-Marc Potdevin est le fondateur d’Entourage, une association qui lutte contre la solitude des personnes SDF à l’aide d’un réseau solidaire de proximité sur smartphone, qui permet de vraies rencontres entre voisins avec et sans-abri. Mickaël est membre du comité de la rue d’Entourage, des personnes SDF ou anciennement SDF qui participent bénévolement à la définition et à la croissance de l’association.

 

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16 mars 2018

Comments

Bonjour, bravo pour ce travail d’échange sur ce sujet, le Conseil National des Personnes Accueillis(es) s’est lui aussi pencher sur ce sujet et a pu transmettre ses propositions aux autorités.

Je pense qu’il ne faut pas écrire « les » personnes, mais « des » car l’emploi du numérique n’est pas généralisé. Il fluctue selon les personnes, avec plus ou moins de connexion avec le monde. Le SDF « type » n’existe pas, entre marginaux, personnes en galère et SDF avec pathologie psychiatrique lourde et isolé, émigré sans papier, etc. Merci pour votre article éclairant.

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