« Journal du confinement » : témoignages de personnes SDF et grands exclus

Chaque jour, nous donnons la parole à une personne sans domicile, qui raconte comment elle vit cette période de crise sanitaire, et ce que le confinement change de leur quotidien. Ces témoignages permettent aussi de se rendre compte de l’hétérogénéité de situations que recouvre le statut de « SDF ».

Pour rappel, vous pouvez retrouver
ici nos conseils généraux pour maintenir le lien social
ici notre FAQ sur la situation des personnes SDF pendant le confinement
Le numéro vert d’information est le : 0800 130 000
En cas de crise ou de symptômes graves, appelez le 15.

Mardi 17 mars 2020

Thierry :

« Je suis hébergé dans un centre du 13ème arrondissement de Paris jusqu’au 30 mars. On est 4 par chambre. Je sais qu’il vaut mieux éviter de sortir, mais moi j’ai besoin de faire la manche ! J’essaye de faire la manche comme je peux, mais c’est galère il n’y a personne. Pas un chat ! Normalement, je faisais les terrasses de café, mais là ce Coronavirus ça m’a coupé 100% de mes revenus.

J’ai pas 1 € sur moi ! Rien. Comment je fais pour acheter des cigarettes et faire ma lessive ? Je prends le métro pour aller voir quelques copains de la rue et leur demander de me dépanner. J’ai besoin d’argent, et c’est pas le virus qui va m’en donner. »

Mercredi 18 mars 2020

Giò :

« J’étais dans la rue depuis un bout de temps. Puis j’ai trouvé un boulot au black dans un restaurant. J’arrivais à payer ma chambre d’hôtel à 35 euros, et je ne demandais rien à personne, tout allait bien ! J’avais fait pas mal de démarches administratives, et j’étais censé récupérer de l’argent et des papiers à la fin de la semaine. Mais maintenant, c’est la galère, tout est bloqué ! Le restaurant a fermé, je ne touche plus rien, et toutes les démarches sont arrêtées.

Hier soir, j’ai dormi dans le hall d’un immeuble. Je vais aller voir dans une paroisse demain, pour voir s’ils n’ont pas une chambre pour moi… Le problème, c’est que je dois marcher 2 heures par jour. Je prends 8 médicaments par jour à cause d’un problème à l’aorte, le sang doit circuler. Je ne croise personne, je fais attention. Mais c’est bon, j’ai une attestation médicale pour sortir ! »

Jeudi 19 mars 2020

Ali :

« J’ai juste besoin d’une soupe chaude. Je ne comprends pas pourquoi il n’y a plus personne dans les rues, qu’est-ce qu’il se passe ? J’ai une blessure à la jambe et je ne peux plus bouger : à quelle heure passent les associations ? Elles ne passent plus. Je viens d’arriver dans le quartier, j’étais Gare de Lyon ce matin, je suis venu là. J’ai faim et j’ai froid. Vous n’auriez pas une couverture ?
Non, merci, je ne veux pas de gel, je ne comprends pas à quoi ça sert.
Je veux juste une soupe chaude. »

Vendredi 20 mars 2020

Farid (le prénom a été changé) :

« C’est bon, j’ai de la chance, j’ai trouvé un hébergement grâce à une dame que je connais chez qui je faisais des ménages. Elle a même la télé dans le salon, donc je peux suivre les infos.
J’ai un petit souci de santé, mais rien à voir le coronavirus ! Il faut quand même que j’aille voir mon médecin demain. Les règles d’hygiène, je les connais. Je suis assez connecté, je parle beaucoup, et à plein de gens différents la journée via les réseaux sociaux, parfois même jusqu’à 23h30 !
Mon conseil pour garder le moral : quand je regarde des immeubles au loin, je peux m’évader avec l’horizon, ça aider aussi. »

Bruno Levesque / IP3 Paris France 10 mars 2020

Samedi 21 mars 2020

Jean-Marie

« Je suis flûtiste, je vis dans un petit bateau. Le matin, il n’y a plus un bruit maintenant, quand le bateau est ouvert et que je joue de la flûte, les gens m’entendent. Donc j’ai décidé que tous les matins j’allais jouer l’hymne à la joie à 7h30/8h pour tous mes voisins. Je suis troubadour et philosophe, mon plaisir c’était de jouer dans la rue pour les gens…De mon bateau les gens ne sont pas obligés de bouger et comme ça ils entendent quand même, c’est important. Les après-midis, les promeneurs s’arrêtent pour m’écouter chanter Brassens. Il y a vraiment quelque chose de beau qui se créé. Les gens sont en train de se rappeler ce que c’est que d’être humain. »

Dimanche 22 mars 2020

Claudine (le prénom a été changé)

« J’ai pas le virus, moi. Tous les matins, quand je vais chercher le petit-déjeuner à l’association, tout le monde me dit de faire très attention aux gestes barrières. Je mets du gel sur mes mains tous les matins, mais après je suis dans la rue donc je ne peux plus m’en mettre… »

Lundi 23 mars 2020

Jalil

« Vous voulez entendre une histoire drôle ? Je dors dans une cage d’escalier d’un immeuble entre 2 étages. Une voisine m’a vu, et m’as demandé de partir. Je lui ai dis que malheureusement je ne pouvais pas car je n’avais pas d’attestation pour être dehors, elle a donc logiquement appelé la police. La police était très embêté, car c’était impossible pour eux de me mettre dehors à cause du confinement, mais en même temps ils devaient me virer de l’immeuble. La police m’a donc donné une attestation pour m’autoriser à rester dehors dans le quartier, et elle m’a accompagné jusqu’à l’hôpital le plus proche, où ils m’ont exceptionnellement laissé rester dans la salle d’attente. Au moins la-bas c’est calme, c’est propre parce que c’est un hôpital, je peux charger mon téléphone et j’ai accès aux toilettes et à de l’eau potable. C’est le seul endroit ou je peux faire tout cela depuis le début du confinement. »

Mardi 24 mars

Rozenn

« J’aime beaucoup recevoir des appels d’Entourage. Merci à vous, c’est vraiment très beau ce que vous faites. Vous êtes un peu comme un médicament pour la solitude, ça m’a vraiment fait du bien de parler. Merci de votre travail et j’attends avec impatience les prochains appels d’Entourage. »

Mercredi 25 mars

Nicolae

« J’ai 60 ans, je suis roumain et je suis SDF à Paris pendant plus d’un an. Dans ces moments difficiles, un ami syrien qui est parti, m’a laissé ses clés à son studio, mais le problème est que je n’ai pas de nourriture et si je ne meurt pas de coronavirus je vais mourir depuis hier matin, je n’ai rien à manger et je n’ai pas d’opportunités financières à acheter dans le magasin voisin. Je ne sais pas quoi faire, et l’interdiction de la circulation est incapable de passer à travers Paris à la recherche de nourriture. S’il vous plaît, vous pouvez m’aider d’une manière ou d’une autre? Merci de l’âme. »

Jeudi 26 mars

Ivan

« J’ai 40 ans, je suis sans domicile depuis 4 ans. Inscrit CCAS (Centre Communal d’Action Sociale), je dors dans la voiture et c’est très difficile. Tout le monde est au courant : la gendarmerie, la commune, le 115… mais rien, pas de place. Peut-être qu’avec cette crise épidémique Covid 19 , j’aurais plus de chance si vous pouvez faire quelque chose pour moi merci ? »

Samedi 28 Mars

Éric

« Je suis hébergé par le dispositif « Hiver solidaire » dans une paroisse solidaire. On devait partir le 31 mars, mais ils vont nous garder jusqu’à la fin du confinement. Et ça tombe bien, parce que normalement j’ai un plan pour un studio après. Les journées sont longues, mais tous les jours, je participe avec les autres bénévoles à la distribution alimentaire pour tous les autres SDF. L’essentiel, pour nous qui sommes hébergés ici, c’est qu’il faut bien passer les journées : ça nous occupe de filer un coup de main. Et on aime faire plaisir aux autres qui sont encore dehors, alors qu’on a un toit pour le moment. Si on peut aider les gens à avoir quelque chose à manger, eh bien on continue le temps qu’il faut. »

Dimanche 29 mars

Virginia 

« Pour moi être confinée c’est rester seule dans ma routine et continuer à faire mes activités mais à la maison. Mais grâce aux réseau Entourage je me sens plus entourée en étant confinée qu’avant. J’ai aussi mes voisins que je croise à ma fenêtre ou dans la cour mais hormis de simples « bonjour et bonsoir », je n’ai pas autant d’échanges qu’avec les personnes du réseau. J’aime bien nos moments de discussion pendant les cafés vidéo par exemple, ça me change les idées et j’ai rencontré de vrais amis… C’est important pour mon moral ! »

Lundi 30 Mars

Mak

« J’habite chez un ami : c’est une chance que j’ai, j’ai pas mal d’amis sur qui compter. Les distributions alimentaires, j’arrive à en trouver même si certaines sont fermées le week-end. Le problème c’est jamais la nourriture, c’est le logement. Mais j’ai entendu dire qu’ils allaient offrir 2000 hébergements ? Le plus important, c’est mon téléphone, ça me permet de rester en contact avec tout le monde : j’ai une carte Lycamobile. Quand je sors, je fais attention : je reste à 1 mètre de distance et je mets un foulard sur ma tronche. Parfois, je prends le bus ou le métro pour aller voir des copains, pour m’aérer. On m’a déjà demandé mon autorisation de sortie, mais les policiers étaient très sympas. »

Mardi 31 mars

Xavier témoigne depuis sa tente.

Mercredi 1er Avril

Samia

« Que des gens viennent me parler, je me dis  » ah quand même ça existe » ! Discuter ça me fait du bien. En plus, je suis en pleine procédure de saisie administrative , pour une histoire d’impayés : normalement j’ai pas le droit à plus de 10 euros de découvert, et là on vient de me débiter 61 euros, juste pour les frais de la saisie. Et avec le confinement, tout est bloqué, je ne sais pas quoi faire. La permanence où je pouvais me faire aider par des avocats est fermée. Je ne sais pas comment je vais m’en sortir. »

Jeudi 2 Avril

Willy

« Je suis actuellement dans une chambre individuelle dans un CHRS de Lille. Après deux semaines de confinement, je me sens seul. Malgré le fait que j’ai une télé, mes journées sont longues et ma bande de copain me manque. Surtout que j’ai du mal à les joindre par téléphone. Heureusement, je suis toujours content quand on me passe un petit coup fil pour prendre de mes nouvelles. Ça me met du baume au coeur et ça me fait plaisir d’entendre des voix de mes contacts, et de discuter avec eux.”

Vendredi 3 avril

Barberouge (Rennes)

« Je suis dans un foyer à Rennes. J’ai Elianie qui m’a appelé plusieurs fois et on rigole bien à chaque fois, elle est super sympa et ça permet de ne plus se sentir seul parce que le confinement c’est vraiment difficile. »


Covid-19 : aidez-nous à les aider

Nous mettons tout en oeuvre pour mobiliser notre réseau et adaptons nos activités pour entourer les personnes SDF ou isolées : permanence téléphonique renforcée : développement du programme Les Bonnes Ondes pour continuer d’entourer à distance, via des appels téléphoniques les personnes SDF ou sans abri ; événements de convivialité en ligne pour maintenir le lien ; ouverture de nos dispositifs à de nouveaux publics : personnes isolées, grands précaires ou exclus. 

Dans cette période, votre soutien est essentiel. Faites un don à Entourage.

11 réponses à “« Journal du confinement » : témoignages de personnes SDF et grands exclus”

  1. Jean-Philippe dit :

    J’ai du mal, avec ce p****** de coronavirus. J’arrive plus à manger comme la semaine dernière par exemple, je me suis fait gazer par des monsieur en uniforme, sous prétexte de vouloir survivre et que c’est « dangereux ». On croirait que des gens veulent se débarrasser des SDF et des pauvres. ( PERSO J’ESPÈRE QUE JE ME TROMPE MAIS C’EST CE QU’ON RESSENT) :(( VIVEMENT QUE ÇA SE FINISSE VITE CETTE FOIRE À LA BÊTISE

    • claire dit :

      Bonjour Jean-Philippe, on est désolés d’apprendre votre situation. ESt-ce que vous avez des gens sur qui compter ? On peut vous appeler pour prendre de vos nouvelles et vous orienter si vous le voulez !

  2. Marie Villetelle dit :

    Bonjour, Je travaille pour une société de production allemande et en ce moment nous réalisons un film 60 min pour la chaine ARTE sur les réactions mondiales au COVID-19. Nous sommes à la recherche de personnes faisant face à cette situation inédite qui accepteraient de filmer leur quotidien avec leur smartphone pendant les semaines à venir. Le film sera réalisé en totalité à partir de vidéos filmés par des personnes de pays et d´horizons différents racontant leur propre expérience de cette crise. J´ai pensé que vous pourriez éventuellement relayer notre projet auprès de personnes précaires souhaitant témoigner de leur situation. Je peux vous envoyer plus d´informations ou vous pouvez me joindre également par téléphone au 0663179815.
    Cordialement, Marie Villetelle

  3. merny dit :

    Le 115 laisse mourir les sdf

  4. Silvia dit :

    Bonjour
    Je a vous en demande
    Nous somme en couple espagnole avec 2 tutus
    haviet dans un garage ce un mami que nous conne pour le momant
    mais nous avons pas de resource .
    Oui con travaille en peux prive Fairé le jardín a le personne agge o con tappe la mange por mange.au carrefour express
    Maintnaunt on peux pas sortie on comme nous va faire. Pour mange nous etc les chiens
    je voule bien parle avec quelque de notre situación je vous lasse norte tl .merci

    +33773495242
    Et le numero ou nous somme albergue 05 58 91 62 24

  5. N Simon dit :

    Qui pourrait me dire ou les SDF peuvent aller aux WC dans le 6 eme
    Les toilettes publics ont fermes c est pas possible..
    Merci pour vos reponses

  6. Samia dit :

    Bonjour ,
    Je recherche un avocat ou un juriste spécialisé en droit bancaire.
    Je suis bénéficiaire de l’allocation adulte handicapée et le 16 Mars la banque m’a saisie 273 euros et le 30 Mars de 62 euros de frais suite à cette saisie .
    Je me retrouve financièrement en galère .
    J’ai besoin d’aide pour faire un recours : en envoyant un mail ou envoyer une lettre en recommandé ) .
    Je dois aussi renouveler deux dossiers administratifs ,
    Qui peut m’aider svp ?

    J’ai une amie qui est a Paris 20 ( Telegraphe )
    Avec 5 enfants dans la galère : qui peut l’aider en lui apportant des denrées alimentaires svp ?

    Merci de m’avoir lue
    J’espère que vous pourra m’aider moi , ma copine et toutes les personnes qui ont besoin d’aide …
    Merci à entourage .
    Samia

    • Mathilde Borgias dit :

      Bonjour Samia,

      Avez-vous créée une action sur notre application Entourage ? Certaines personnes se portent volontaires pour aider, notamment dans les démarches administratives et juridiques. Voici le lien = https://www.entourage.social/deeplink/feed

      N’hésitez pas à revenir vers nous pour plus d’explications,
      Prenez soin de vous en cette période de confinement,
      Chaleureusement,
      Entourage

  7. Moussa Fassa dit :

    Bonjour ou bonsoir je suis à la rue depuis quelques semaines et avec le coronavirus, je ne sais pas où aller quelqu’un a une adresse ou un bon plan à me donner ?

    • Mathilde Borgias dit :

      Bonjour, si vous avez des symptômes du coronavirus, il faut que vous puissiez voir un médecin.
      Vous pouvez contacter votre médecin traitant (si vous en avez un) sinon prendre contact directement avec le SAMU au numéro 15, vous serez mis en relation avec un médecin et il pourra vous donner toutes les informations nécessaires.
      Bon courage, et si vous avez encore des questions n’hésitez pas à prendre contact avec Guillaume au 07 68 03 73 48

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